Nous arrivons dans cette petite bourgade très charmante qui nous rappelle un peu les villages de montagne des Alpes : grands bâtiments aux pierres apparentes et charpentes robustes peuplent le centre ville. Mais c'est aussi un peu l'Allemagne. Le drapeau allemand flotte au dessus de la rue principale, sur les camions de pompiers on peut lire "Feuerwehr" et les bars proposent des bratwurst !
Les rives du lac Llanquihue (d'une superficie de 860km carrés) ont vu apparaître des villages fondés par des immigrés allemands qui ont participé aux premières vagues d'immigration pour peupler la Patagonie Chilienne au milieu du 19e siècle. Ils sont venus développer la zone alors complètement vide et exploiter le bois des Alerces qui s'est avéré être de très bonne qualité. Un certains nombre de maisons semblables à des chalets de la Forêt Noire témoignent de cette forte influence allemande.
Les paysages magnifiques entre lacs et volcans ont permis l'essor touristique de la région depuis le début du 20e siècle. Tout cela nous l'avons appris en visitant le musée de la colonisation allemande à Frutillar, petit village situé à une vingtaine de km de Puerto Varas sur les rives du lac. Depuis Frutillar nous profitons de la vue dégagée sur les volcans Osorno et Calbuco, ce dernier est d'ailleurs considéré comme l'un des volcans les plus dangereux parmi les 90 encore actifs au Chili (dernière éruption en 2015).
Nous rentrons ensuite à pieds à Puerto Varas en longeant l'ancienne voie de chemin de fer et le lac en découvrant, cachées entre les arbres, de magnifiques villas sur les bords et sur les hauteurs du lacs.
Notre week-end à Puerto Varas s'achève et nous partons retrouver Delphine et Grégory à Castro, sur l'île de Chiloé.
Nous embarquons le lundi 1er janvier, le coeur et l'estomac bien remplis sur le ferry qui nous fera traverser les fjords chiliens. Nous retrouvons Delphine et Grégory que nous avions rapidement rencontrés à Curitiba au Brésil et que nous avons croisés sur le sentier de Torres Del Paine.
Après avoir pris possession de notre cabine et fait la connaissance de nos colocataires Rémy et Lara (des français), l'organisation et les consignes nous sont données. Le ferry quittera le port vers minuit et le réveil sonnera à 5 heures car nous naviguerons dans un passage étroit, nous avons donc rendez vous sur la proue au petit matin pour profiter des premiers paysages. Tous fatigués de notre passage en 2018, la salle commune se vide assez rapidement.
Bien habillés car le vent froid est toujours parmi nous, tout le monde se retrouve aux aurores pour découvrir le couloir dans lequel nous devons passer et pour surveiller le capitaine.
Les premières rencontres se font la tête encore un peu embrumée. Après le petit déjeuner, une première "charla" ou conférence est donnée sur l'itinéraire que nous allons suivre durant ces quelques jours (voir l'itinéraire de notre voyage) ainsi qu'une séance de yoga. L'après midi, la découverte de la faune de Patagonie nous est proposée. Difficile de tout retenir mais dans le cas des oiseaux notamment, nous avons retenu que la femelle est généralement plus petite et de couleurs moins vives que le mâle ce qui lui permet de rester discrète face aux prédateurs lorsqu'elle s'occupe des petits. A savoir également que la majorité des couples d'oiseaux restent fidèles toute leur vie. Enfin, les oiseaux marins sėcrètent une sorte d'huile qu'ils s'appliquent sur les plumes afin de les imperméabiliser.
Le lendemain nous découvrons la flore de Patagonie et pouvons mettre des noms sur beaucoup d'arbres découverts lors de nos randonnées. Encore une fois l'orateur est passionné et nous donne énormément d'informations.
A midi nous entrons dans le golfe de Penas c'est à dire en plein océan. C'est la que nous avons testé notre sensibilité au mal de mer ... Nous y sommes légèrement sensibles tous les 2, on le saura et pourtant, l'équipage nous indique que la traversée du golfe était calme. Le repas du soir est l'occasion de bien rigoler puisque nous mangeons des petits pois et en dessert, une pomme ; sachant qu'il fallait se tenir aux tables pour ne pas tomber avec sa chaise, on vous laisse imaginer.
Le dernier jour, la charla porte sur des conseils touristiques après débarquement : île de Chiloé et traditions, Puerto Varas et alentours. Nous allons également visiter le centre de commande et passons un moment avec l'équipage qui nous explique les bases de la navigation. Un apéro clandestin anime le début de soirée, l'alcool est interdit sur le bateau mais apparemment tout le monde a imaginé cette dernière soirée autour d'un verre. C'est l'occasion de goûter quelques bons vins !
Cette traversée a été un moment intense en partage, méditation, contemplation et découvertes sous un beau soleil quasiment tout le temps. Nous n'avons pas eu la chance de voir de baleines mais quelques dauphins joueurs, des lions de mer, des goélands et surtout de suivre le vol d'une famille d'albatros pendant plusieurs heures.
Nous dėbarquons vendredi matin à Puerto Montt après cette parenthèse maritime qui nous a enchantée.
Puerto Montt n'est pas une ville très attirante, nous n'y restons que quelques heures, le temps de voir comment parcourir une partie de la route australe vers le sud et de remonter par l'île de Chiloé. Sur la bateau, nous avons en effet décidé de louer une voiture pour une quinzaine de jours avec Delphine et Grégory pour faire ce trajet ensemble plus facilement. Cette route se fait en voiture et en ferry mais malheureusement, une coulée de boue a anéanti le village de Santa Lucia et une partie de la route mi décembre ce qui ajoute un ferry supplémentaire. Nous sommes en pleine saison estivale, beaucoup de monde prend ces ferries qui ne naviguent qu'une fois par jour si les conditions le permettent. Beaucoup d'incertitudes et un budget relativement important nous ferons abandonner ce projet. Nous partons pour Puerto Varas et décidons de nous retrouver, avec Delphine et Grégory, en début de semaine suivante pour quand même voyager quelques jours ensemble.
Nous voila arrivés dans cette petite bourgade, point de départ vers le fameux parc Torres Del Paine, connu, trop connu, pour ses magnifiques randonnées et ses paysages à couper le souffle mais aussi du coup pour ses hordes de randonneurs en file indienne sur ses sentiers. Au début de notre voyage nous pensions nous surpasser et relever le défi : sacs, tente et vivres sur le dos, mais la nécessité de réserver les places de camping ou refuges longtemps à l'avance, de déployer forces et billets (tout est payant, et cher) mais aussi les rencontres faites au courant du voyage nous ont découragés. La plupart des randonneurs sont très contents d'avoir relevé le défi et béats des magnifiques paysages mais ressortent du parc un peu blasés par la commercilaisation du lieu et par la quantité de marcheurs croisés empêchant de profiter pleinement du lieu. Nous avons donc décidė d'abandonner ce projet en arrivant à Puerto Natales.
Nous découvrons rapidement la ville en arrivant, le temps de retrouver nos amis, Florian et Adèle qui sont partis pour la journée. Nous faisons la connaissance de Ciro et Cynthia, gérants de l'hostel, de Connie, polyglotte gérant l'accueil des voyageurs et Alvaro, guide pour les sorties proposées par l'hostel.
Le samedi est consacré à l'élaboration du menu de Noël. Florian et Adèle ayant passé une semaine dans ce petit hostel familial, Ciro et Cynthia ont décidé de nous "laisser la maison" pour fêter Noël chez eux en famille, ce qu'ils n'ont pas fait depuis quelques années. Finalement nous sommes nous 4 ainsi qu'un couple d'espagnols, un autres couple de français et une américaine. Nous nous faisons donc plaisir d'autant que Florian à quelques très bonnes bases en cuisine : saumon frais et fumé du petit producteur, demi agneau et patates cuisson lente et son petit gratin de légumes, mille feuilles - revisité puisque les feuilles seront des bredeles alsacien - petite crème et cerises fraîches sans oublier un apéro déjà bien garni, capirinhas et bon vin, musique et danses locales et réunionnaises (Adèle étant reunionnaise et Florian y vivant depuis plusieurs années) bref, un bon réveillon !
Après une journée de repos le 25, Adèle et Florian partent prendre le ferry pour Puerto Montt, celui que nous prendrons une semaine plus tard.
Nous passons les jours suivants à nous reposer et à nous balader dans les alentours et nous nous sentons vraiment bien dans cet hostel.
La fin de semaine sera explosive en surprises et bons moments puisque Ciro er Cynthia nous offrent le trajet et la randonnée, guidée par Alvaro, d'une journée dans le parc Torres Del Paine le vendredi. Malgré un temps mitigé et les hordes de marcheurs, nous étions ravis des paysages !
Cynthia et Ciro nous invitent egalement à passer en 2018 à leur côté avec famille et amis du dimanche au lundi soir. Il s'avère que Ciro était chef et que sa fille l'est, encore une fois nous nous régalerons : apéro tres fin et travaillé, poulpe frais, saumon cuit lentement au four, dinde froide au beurre maitre d'hôtel et cidre, purée de courge et gâteau de l'amour (gâteau mille feuilles très fins à base de dulce de leche et coulis de framboises). Au programme karaoké et pisco sour (pisco, jus de citron et glaçons) jusqu'au bout de la nuit.
Le lendemain nous partons à quelques kilomètres de la ville dans un chalet aménagé où un feu est prêt à cuire lentement le fameux cordero al palo (agneau embroché) et lechon (cochon de lait). Un peu de patience et nous nous régalons et faisons le plein de viande pour quelques jours !
Nous avons passé et partagé des moments inoubliables avec cette famille qui nous a accueilli comme si nous en faisions partie ! Ils resteront gravés dans notre mémoire pour longtemps.
Nous retraversons donc le détroit de Magellan sous un beau soleil et arrivons à Punta Arenas, ville où les marcheurs-campeurs s'arrêtent pour compléter leur matériel de camping dans sa zone franche. Le centre ville est calme et tranquille, la réserve nationale de Magellan est à côté.
Cette étape doit nous permettre d'organiser la suite du voyage car nous souhaitons remonter vers le nord par le Chili mais aucune route ne permet de parcourir le Chili dans sa totalité. Nous souhaitons donc prendre un bateau jusqu'au bas de la route australe (Caleta Tortel). Malheureusement ce bateau est complet jusqu'à fin janvier. Nous devrons donc prendre un autre bateau qui nous remontera plus au nord, à Puerto Montt, puis voir quelles sont les possibilités pour parcourir cette carretera australe, route que beaucoup de voyageurs font car elle regorge de petits villages et belles randonnées. Mais c'est une autre étape !
A Punta Arenas, nous faisons une grande promenade le long de la côte depuis le port pour revenir jusqu'au centre ville. Comme dans beaucoup de villes côtières et un peu touristiques, la promenade sur la côte, ou Costanera, est en cours d'aménagement.
Le lendemain, nous allons dans la réserve nationale et effectuons une partie en collectivo (qui veut dire bus pour nous mais nous avions oublié qu'au Chili il s'agit de taxis partagés qui affichent une destination et un coût précis) et les "2 km restants" à pieds. Ces 2 km annoncés par l'office du tourisme sont en fait 6 km de montée... Arrivés au parc, des horaires de bus sont affichés, apparemment l'office du tourisme n'est pas au courant qu'un bus y monte !! Nous partons donc pour le tour du parc et ses miradors qui nous offrent des vues majestueuses sur les alentours. Les arbres sont magnifiques, nous en croiserons des barbus, des arrayanes à tronc d'or et bien d'autres encore spécifiques à la Patagonie et déjà aperçus précédemment. La communication autour du parc étant ce qu'elle est, nous ne croiserons que 4 autres marcheurs dans ce joli parc.
Le lendemain nous partons pour Puerto Natales où nous rejoignons Adèle et Florian, rencontrés à Puerto Madryn et avec qui nous avons prévu de passer Noël.
Après notre courte nuit dans le premier bus qui nous a mené à Rio Gallegos, nous embarquons dans un second bus dans lequel nous passerons la journée et les frontières puisque pour nous rendre au bout du monde, nous devons sortir d'Argentine, entrer au Chili quelques kilomètres plus loin (entre les 2, une zone de non droit ?), embarquer sur un ferry pour la traversée du détroit de Magellan (et voir des dauphins jouer dans les remous du bateau !), sortir du Chili pour à nouveau entrer en Argentine. Toutes ces formalités et contrôles nous ont laissé perplexes dans la mesure où le bus partait d'Argentine pour aller en Argentine, sans aucun arrêts mais nous aurons eu nos 4 tampons datés du même jour.
Nous arrivons donc en fin de journée à Ushuaia où nous prenons un bus pour notre hostel. Ne sachant pas que la carte de bus de Buenos Aires pourrait nous servir nous ne l'avions pas rechargée et ne pouvions pas payer dans le bus. Plusieurs passagers se sont alors proposés de nous payer la course sans aucune hésitation, alors que nous envahissions le bus avec nos gros sacs et que nous avons à peine pu rembourser notre dette. Du jamais vu pour un français si ?
Nous décidons de nous rendre dans le parc national d'Ushuaia dès le lendemain pour gravir le Cerro Guanaco, la météo prévue étant clémente. Nous aurons le temps d'y monter et d'avoir une vue quasi panoramique et époustouflante sur le parc, la ville d'Ushuaia et le canal de Beagle, avant que les nuages n'apparaissent.
Nous prenons le temps de visiter quasiment tout le reste du parc, ce que nous ne pensions pas pouvoir faire en une seule journée. Le parc est très joli et nous y passons une belle journée même s'il est plus rentable d'y camper pour profiter de son charme une nuit et un jour de plus. Nous y voyons d'ailleurs un camping-car français et un énorme camion allemand.
Le jour suivant nous faisons une petite promenade le long du canal de Beagle, encore une fois, nous passerons des trombes d'eau à un grand soleil en quelques minutes. La forme des arbres, coiffés par le vent nous avait prévenue.
Nous organisons ensuite la suite de notre voyage prévu 2 jours plus tard : Punta Arenas. Malheureusement tous les bus sont complets, l'avion est hors de prix, c'est le début des grandes vacances ici et 2 entreprises ont fait faillites ce qui engorge fortement le réseau. Nous décalerons donc notre départ d'un jour.
Le 3 ème jour nous choisissons de faire l'ascension du Cerro Del Medio au départ de la ville sous un beau soleil. Peut être pourrons nous manger au sommet ? La vue est magnifique mais nous n'en profiterons que rapidement puisque la neige se met à tomber, le vent est glacé. Même dans le refuge de pierre construit par de vaillants randonneurs, nos doigts ne nous répondent plus. Armés de nos gants et bonnets on entame la descente pour arriver à Ushuaia sous le soleil et agréable en manches courtes. Très belle balade quand même !
Le lendemain, journée repos et musées (où nous en apprendrons plus sur l'évolution de la cartographie du bout du monde à travers les siècles) mais nous suivons également de près la grève générale qui s'annonce puisqu'une loi réformant les retraites est en cours de vote. La grève tourne à des échauffourées assez violentes et le traitement de l'information nous laisse un peu perplexe : le profil Facebook d'un manifestent et sa photo sont diffusés en boucle afin que ceux qui le souhaitent puissent lui faire part de leur avis... Nous nous renseignons quand même sur notre départ du lendemain car lorsqu'il y a une grève, les routes sont bloquées. Mais à priori nous n'aurons pas de problèmes.
Réveil à 4h pour prendre notre bus, nous ne verrons pas le soleil se lever, il se lève vers 3h30 à cette période de l'année, mais la lumière sur le canal est magnifique...