Potosi - Ville coloniale la plus haute du monde
mars 092018On arrive à Potosi un peu KO après notre réveil avant l'aube pour admirer le lever du soleil sur le Salar. On regarde rapidement la carte à la terminale de bus, direction le centre ville pour trouver un hostel. Le problème des cartes, c'est qu'on ne voit pas que ça grimpe ! Et nous voilà donc "escaladant" la centaine de mètres pour rejoindre la place centrale avec nos kilos sur le dos et le souffle court, nous sommes à 4090 mètres d'altitude !
Après un repos bien mérité et une pluie battante - le temps change rapidement à 4000 mètres d'altitude - on se décide à aller découvrir le centre ville de nuit et déguster une petite bière (en fait la bouteille fait 1L25) brassée sur place, dans la brasserie la plus haute du monde.
Le lendemain, début des activités culturelles. Direction la "Casa de la moneda" pour en connaître un peu plus sur l'histoire de la ville qui s'est développée grâce à l'exploitation d'une mine d'argent.
Le Cerro rico est le gisement le plus important de tous les temps (peut être avez vous déjà entendu "riche comme Potosi"). Le filon d'argent se raréfie mais du zinc, de l'etain et du fer y sont encore exploités. L'histoire raconte que les incas en connaissaient l'existence avant sa découverte en 1545 par un éleveur de lamas mais ils ne l'ont pas exploité car les richesses de ce mont "étaient réservées à d'autres". Son exploitation à commencé en 1555 et on estime qu'entre 1560 et 1580, 240 tonnes d'argent par an sont envoyés à la couronne espagnole. La ville se développe très rapidement et atteint les 165 000 habitants en 1650 (autant que Paris et Londres à ce moment là) puis décline jusqu'à 9000 habitants en 1825 (guerres, autres mines découvertes, ...). Toutefois la ville reste marquée par cette période de richesse avec de nombreux beaux bâtiments. Il est dit que 8 millions de travailleurs y seraient mort des conditions de travail, éboulements, maladies importées d'Europe, vapeur de mercure, ... Beaucoup d'esclaves noirs ont travaillé dans la mine mais y périssaient très vite car inacoutumés à l'altitude et malgré la coca, d'abord interdite par l'Espagne puis à nouveau autorisée car aidant à supporter l'altitude. La mine se visite encore mais nous avons décidé de ne pas répondre à cette offre touristique qui nous dérange éthiquement. Les mineurs travaillent dans des conditions terribles, au péril de leur vie (le Cerro a failli s'effondrer en 2015 !), leur revenu varie en fonction des cours mondiaux, des enfants y travaillent à partir de 10 ans (âge légal en Bolivie si le revenu gagné est pour eux... on en doute), ils ne perçoivent quasiment aucun bénéfice de ces visites touristiques et les touristes leur offrent coca, alcool ou encore dynamite lors de leur passage dans les couloirs étroits. On comprend toutefois l'intérêt de ceux qui la visite !
Au fil de la visite de la Casa de la Moneda , on apprend que la monnaie de la vice-royauté coloniale était frappée ici et que l'établissement continuait à fabriquer la monnaie républicaine jusqu'au milieu du 20e siècle. Aujourd'hui, les pièces sont fabriquées au Chili et les billets... en France !

Les premieres pièces contenaient 90 à 95% d'argent pur et étaient tant friables que les gens en volaient des morceaux pour revendre l'argent. Les premières matrices servant à modeler et frapper les pièces étaient manipulés par des hommes contraints par la "mita" (forme de travail obligatoire imposé par la couronne espagnole même si son origine est Inca, l'idée était que chacun participe aux travaux d'intérêt général ; tous les hommes de 15 à 50 ans devaient donc donner un temps de travail à la communauté) et des mules. Ni les uns ni les autres ne vivaient en général plus de 6 mois, la couronne espagnole à alors fait venir des esclaves mais comme dans la mine, ils ne supportaient pas l'altitude. En 1869 sont arrivés les machines à vapeur puis en 1951 les machines électriques.
Se cultiver ça creuse ! Pour le repas de midi, on choisi un "almuerzo familiar" qui coûte environ 2€ par personne : salade + soupe + plat ! C'est donc le ventre bien rempli qu'on se dirige vers un des points les plus hauts de la ville pour avoir une vue panoramique sur le centre et le fameux "Cerro rico" abritant la mine.

Deuxième jour, on continue les découvertes culturelles en visitant un couvant de soeurs carmélites. Comme souvent en Bolivie, visite guidée obligatoire. On en apprend un peu sur la vie des soeurs et on observe la très riche collection d'art sacré qui nous est présentée... La seconde fille de la famille y entrait à 15 ans pour le reste de sa vie contre une dot réglée en oeuvre d'art sacré ou en terrain. Tout contact physique avec l'extérieur était interdit : elles assistaient à la messe depuis une pièce voisine de l'église, un parloir sans visibilité leur permettaient de parler à leur famille à de rares occasions et elles disposaient d'un certains nombre d'outils d'autoflagellation pour expier les péchés du monde...
Après quelques empanadas et saltenas, on continue la journée en se baladant à la découverte des bâtiments coloniaux qui parsèment la vieille ville.
