La Paz - Capitale haute en couleurs
mars 312018Après quelques jours à Cochabamba, nous voilà partis pour La Paz. Nous avons hésité à nous y arrêter car les grandes villes nous lassent assez vite mais c'est sans aucun regret que nous la découvrons.
Dans le bus, nous avons la joie d'écouter un commercial vanter les vertus de son produit qui nettoie les intestins et le colon. Sans rentrer dans les détails dont il ne nous a pas épargnés, nous hésitons entre ennui et fou rire toute la demi heure que dure son récit. Il trouve néanmoins des acheteurs et nous pourrons comparer avec les dires de ses concurrents qu'on croisera dans d'autres bus.
Nous commençons par découvrir la ville depuis le mirador de la Plaza Monticulo situé dans le quartier Sopocachi. La magie de cette ville se révèle immédiatement : la ville est construite dans une cuvette et sur ses pentes sans laisser, semble-t'il, aucun espace vide.

Les 7 lignes de téléphérique survolent silencieusement la ville et les volcans et montagnes enneigés surplombent le tout, comme une protection naturelle pour cette ville qui semble parfaitement calée dans cet environnement alors que c'est elle qui en a pris possession. Nous choisissons de tester la ligne blanche, inaugurée quelques jours plus tôt, pour prendre de la hauteur. Elle suit l'une des avenues principales de la ville et nous permet d'apprécier celle-ci sous un autre angle.

C'est un moyen de locomotion plutôt agréable mais nous ne savons pas s'il désengorge réellement les rues des bus et voitures car La Paz reste très polluée...
Une fois redescendus en déambulant dans les ruelles, nous continuons notre visite par la Plaza Murillo sur laquelle se dresse le Palacio del Gobernio, Palacio Legislativo et la Cathédrale. Jusqu'en 1825, les Indiens n'avaient pas le droit d'entrer dans ce quartier et ils n'osaient toujours pas vraiment y passer jusqu'à l'élection de Morales. Nous notons aussi que l'horloge du Parlement tourne dans le sens inverse au notre depuis juillet 2014 : par ce geste, Morales a souhaité contrer symboliquement l'hégémonie et les normes imposées par les pays du Nord sur les pays du Sud.
La journée se poursuit au marché des sorcières sur lequel sont vendus toutes sortes de potions, objets et remèdes pour les rituels sacrés, traditions ou médecine. Nous y découvrons notamment une multitude d'herbes et plantes, crèmes ou potions, foetus de lama de toute taille. Nous finissons la journée au musée de la coca qui retrace l'histoire de cette plante, de son mode de culture, à son utilisation au quotidien ou pour des traditions ou rituels, ses vertus et jusqu'à la fabrication de la cocaïne. On apprend que mâcher de la coca a été interdit à plusieurs reprises (d'abord par les colons espagnols jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que les natifs résistaient mieux à la fatigue grâce à elle) car cette pratique était à l'origine de tous les maux et considérée comme une drogue avant même que soit découvert le procédé chimique de transformation en cocaïne. La feuille de coca a de nombreuses vertus et est utilisée aujourd'hui dans des médicaments notamment antidouleur. À noter que le vin mariani, crée par un Corse en 1863, contenait de la cocaïne. Il a fait fureur et a été adoubé par le Pape Léon XIII. C'est à partir de cette recette, en ôtant l'alcool et la cocaïne que Pemberton, pharmacien américain, a créé le coca cola. Toute une partie du musée est aussi consacrée à la guerre contre la cocaïne : la Bolivie reste l'un des principaux producteurs, la forêt est rasée petit à petit pour produire toujours plus de feuilles de coca dont les quotas seraient revus continuellement à la hausse par Morales.
Nous poursuivons notre moment musée en enchaînant, le lendemain, le pack 4 musées : musée des coutumes, musée du littoral bolivien, musée des métaux précieux et musée «Casa de Murillo» (acteur de l'indépendance bolivienne).
Le premier musée nous présente à nouveau Ekeko, dieu à qui l'on remet ses désirs en miniatures le 24 janvier pour la fête de Alasita (cf article sur Sucre). Une autre salle est consacrée à des représentations miniatures de bâtiments réalisées dans le cadre de cette même fête. Les détails sont impressionnants de finesse. D'autres salles sont consacrées à la vie quotidienne, aux traditions et aux moments historiques. Comme à notre habitude nous passons beaucoup de temps dans ce premier musée.
On enchaîne avec le musée du littoral bolivien, oui, ils en ont fait un musée !!! C'est dire l'importance donnée par tous à ce littoral perdu en 1879, même si on l'avait compris avec «el dia del mar» le 23 mars et le record du monde du drapeau le plus long du 10 mars. L'analyse du guide du routard à ce sujet est d'ailleurs intéressante : l'absence d'entrée maritime a peut être préservée le pays de l'immigration européenne ce qui lui aurait permis de conserver sa culture andine. Nous n'aurons que le temps de survoler ce musée (et de prendre des photos volées) puisqu'exceptionnellement, les 4 musées ferment à 16h... On ne nous a bien sûr pas informé à l'entrée. Les Boliviens pensent fermement que le Chili a pu se développer grâce aux ressources côtières comme le salpetre, le cuivre ou le guano (fiante d'oiseaux utilisée comme engrais). Sans entrer dans trop de détails, dés 1818, le Chili, indépendant, se sent vulnérable par rapport à l'alliance entre la Bolivie et le Pérou. En 1842, le président chilien manifeste ses intentions d'envahir la Bolivie et declare certains territoires propriété nationale. La Bolivie tente une issue diplomatique sans succès. L'armée chilienne intervient ensuite sur le territoire bolivien en 1848 et 1857. La situation économique de la Bolivie s'enlise en 1877 et 1878, elle vit en effet des inondations à l'est et une importante sécheresse à l'ouest, l'armée est démobilisée pour réaliser des économies ce qui sera fatal lors de la guerre du Pacifique en 1879. Par ailleurs, remettant en cause un accord antérieur, le président bolivien augmente les impôts des étrangers exploitant les ressources internes ce qui donne l'excuse de l'invasion du Chili. L'armée chilienne écrase l'armée bolivienne qui signe la paix, vaincue, en mars 1880 et y laisse donc son accès au littoral.
Notre dernière journée est consacrée à la passionnante découverte de la civilisation tiwanaku, à un peu plus d'une heure de La Paz. Certaines théories expliquent que les tiwanakus, dont l'âge d'or se situe entre le VIIIeme et le XIIeme siècles, seraient les 1ers ancêtres des Incas (XV-XVIeme) car certaines techniques sont semblables à celles retrouvées chez ces derniers. Cette civilisation savait traiter les métaux et avait de fines connaissances en maths, astronomie, ingénierie hydraulique et agronomie. Parmi les mystères qui entourent ce peuple, l'existence d'un port est relevée, ce qui signifierait que le lac Titicaca, aujourd'hui à 15km, arrivait jusque là. Mais cette théorie réfute les dates arrêtées car il faudrait remonter 10 000 ans en arrière pour trouver le lac à cet endroit.
Comme pour les Incas plus tard, la question du déplacement des énormes pierres sans existence de la roue se pose d'autant que plusieurs monolithes ont été découverts sur le site. Par ailleurs des blocs de pierre sont placés à différents endroits du site et sont percés de manière à reproduire l'oreille humaine : ils servaient de mégaphone.
La cité est composée de différents éléments :
- un temple astronomique, Akapana, qui permettait de prévoir le moment de la plantation et de la récolte. C'est une pyramide à 7 plateformes qui dispose d'un canal hydraulique en partie sous terrain : l'eau de pluie était ainsi conservée et redirigée vers les champs cultivés. À son sommet on trouve un bassin en forme de croix andine, les étoiles s'y reflétaient ce qui en faisait un observatoire.

- le temple Kalasasaya lié à l'astronomie et au soleil. Avant chaque récolte une offrande ou un sacrifice y était réalisé. Lors des équinoxes, le soleil se lève exactement au centre de la porte d'entrée. Les murs qui délimitent ce temple sont d'une rectitude parfaite et le mur Est est légèrement incliné pour faire face au risque sismique. De manière générale les pierres les plus fragiles sont placées au nord et au sud car moins exposées aux intempéries à l'inverse des plus solides placées à l'est et à l'ouest. On y trouve également des monolithes : le monolithe de Fraile qui représente le religieux et le politique et le monolithe de Ponce qui représente certainement une personne de haut rang car il porte une coupe et un sceptre, ainsi qu'une bande qui lui cercle le crâne, signe de trépanation. Ce dernier est taillé de façon très détaillée et rappelle les statuts de l'île de Pâques. Les espagnols ont décapité certains monolithes et y ont gravé des symboles chrétiens. L'église du village étant construite avec les mêmes pierres, il est supposé que les espagnols se sont servis sur le site pour la construire. Par ailleurs ce temple est également construit sur la base des 4 points cardinaux : le soleil est parfaitement orienté sur les portes lors des équinoxes et solstices. On trouve la porte du soleil en son centre : le dieu viracocha, dieu du soleil y est représenté ainsi qu'un calendrier agricole basé sur la lune (28 jours et 13 mois).

- un temple semi sous terrain et ses 172 têtes anthropomorphes en roche volcanique. Ce lieu représente le monde sous terrain, le monde d'en dessous, où reposent les morts. Dans ce temple se trouve le monolithe Barbe (une barbe lui est taillée).

- le palais des sarcophages, Putuni, lieu d'inhumation des personnes importantes.

Concernant les symboles, on retrouve souvent le chiffre 3 :
- la croix andine représente l'univers avec le monde des hommes, des dieux et des morts, ou encore le ciel, le monde terrestre et l'inframonde. Ses 4 branches représentent également les points cardinaux ou les 4 éléments. On la retrouve également comme constellation dans le ciel de l'hémisphère sud.
- les 3 archétypes sont continuellement représentés : le condor - communication avec les cieux et les esprits / le ciel, le puma - capacité à vaincre nos peurs / monde terrestre et le serpent - capacité à nous guérir / inframonde.
La guide nous présente encore énormément de symboles et theories mais impossible de tout relater.
Vous l'avez compris, nous avons été passionnés par cette visite et cette civilisation. Pour l'anecdote, l'un des visiteurs prend énormément de note et dessine des croquis car il est en train de créer un jeu vidéo sur cette civilisation.
La Paz est une ville haute en couleurs, bruits, trafic routier et agitation, mais on s'y est bien plu même si quelques jours suffisent. Nous y avons croisé toutes sortes de vendeurs ambulants (balais, papier toilettes, fruits et légumes, lacets, ...) qui passent leur temps à hurler les promotions dans la rue et qu'on retrouve dans tout le pays. Les plus chanceux sont équipés d'une cassette audio qui tourne en boucle pour notre plus grand plaisir. On retrouve ce doux bruit dans les gares routières où chaque compagnie dispose d'employés qui crient les destinations sans jamais s'arrêter. Ces multiples destinations sont bien sûr au départ «ahorita» c'est à dire tout de suite sauf dans les faits puisque ça peut être 1 à 2 heures plus tard, quand le bus est plein !
Nous avons aussi croisé, ici et ailleurs, les jolies cholitas, femmes en tenue traditionnelle. La tenue peut différer légèrement d'une région à l'autre, difficile de faire une description complète et précise d'autant qu'il est délicat de les photographier. Chola ou Cholita désigne une femme bolivienne ayant une forte identification à la culture indigène. Ce terme vient de cholo (aux origines métissées) que les espagnols ont utilisé avec une connotation raciste. Aujourd'hui cholita, en plus de désigner ces femmes en tenue traditionnelle, s'utilise également pour une personne gentille. Souvent il s'agit des femmes vivant sur l'altiplano mais qu'on retrouve dans tout le pays. Elles portent un chapeau melon ou un haut de forme.
Le bombin ou chapeau melon a été importé d'Europe en 1920 par les ouvriers des chemins de fer et a fait fureur auprès des boliviens. Un chapelier passa alors une grande commande en Europe pour satisfaire la demande bolivienne mais, et là, 2 versions existent, les chapeaux livrés étaient marron au lieu de noir OU les chapeaux livrés étaient trop petits. Le chapelier du trouver un moyen d'écouler son stock et dit alors aux femmes que le port d'un tel chapeau était le comble de la mode féminine en Europe. Il fit fureur auprès des boliviennes.
Leur tenue est très sophistiquée et s'inspire des traditions andines : jupe et ses 3 à 7 jupons (qui ne leur donne pas une allure très affinée il faut le dire) et une pièce de tissu rectangulaire et colorée portée sur les épaules et couvrant le dos. Elles sont coiffées de 2 longues tresses qu'elles rejoignent entre elles à l'aide d'une attache à pompons tissée de couleurs différentes selon le lieu de vie. C'est donc une tenue très élégante.
